
« Les gens qui ont de grands pieds marchent généralement mal. Ce que les
pieds ont en trop manque aux genoux. » (Lichtenberg, in. Le miroir de
l’âme, José Corti, 1997)
Non mais je sais que je l'ai déjà mis, mais ça m'inspire cette histoire que voulez-vous... Et
si, comme moi, vous êtes propriétaires de genoux et de pieds, vous devez vous
sentir concernés.
Alors qu'est-ce que ça donnerait une petite scène entre un personnage qui
marche bien et un personnage qui marche mal... c'est ce qu'on se demande tous,
non ?
ça tombe bien, c'est ce que je me suis demandé samedi dernier avec les
copains de l'atelier d'écriture de Carole
Thibaut.
I - Un homme et une femme sont assis à une table. Fin de
déjeuner.
Lui – Je paie l’addition. Je vous aime
Elle – On s’est rencontré il y a à peine deux plats.
Lui – Nous avons pris la même entrée.
Elle – C’est vrai.
Lui – Nos plats étaient furieusement complémentaires et notre dessert...
Elle - partagé avec deux cuillères
Lui – Nous avons donc un long chemin à parcourir ensemble
II - Ils se lèvent et marchent côte à côte. Ils sont à contretemps,
leurs têtes montent et descendent, pas en même temps.
Lui – Tu es belle !
Elle – Quoi ?
Lui –Tu es vraiment très belle
Elle – C’est gentil
Lui – Quoi ?
Elle – c’est gentil !
Lui - Nous ne nous entendons pas. Quand ma tête est en haut, la tienne est
en bas.
III - Ils s’arrêtent, se prennent par le bras. L’homme marche
vite, d’un pas sec et rapide. La femme marche mollement, quand il fait un pas,
elle en fait trois.
Lui – Dépêche toi ma belle !
Elle – Quand tu fais un pas, j’en fais trois.
Lui – L’amour n’attends pas !
Elle – Mais on n’est pas pressés, regarde autour de toi !
IV - Ils s’arrêtent, se prennent par le bras et règlent leur cadence.
Gauche, droite, gauche, droite. Bientôt l’homme est agacé, la femme
essoufflée.
Elle – Je suis fatiguée
Lui – Déjà ? J’aime quand mes pieds touchent à peine terre, j’ai
l’impression de m’envoler.
Elle – Quelle horreur ! j’aurais trop peur que la terre se dérobe.
Lui – ça ne risque pas d’arriver…
Elle - J’ai le genou fragile, il craque, tous les vingt pas, il doit se
relaxer.
Lui – Mes jambes s’ennuient immobiles, même quand je dors elles marchent
!
Elle – Prenons le bus !
Lui – Je ne sais pas…
Elle – Rappelle-toi tous ces bons souvenirs… Comment tu m’as abordée…
Lui – Vous déjeunez seule mademoiselle ?
Elle –Hélas oui..
Lui – Je peux me joindre à vous…
Elle – vous avez commandé ?
Lui - L’œuf poché sur lit de poireaux.
Elle – moi aussi !
Lui – Je te voyais déjà allongée sur le lit de poireaux. Quel délice !
Elle – C’est important dans un couple, de s’entendre à table.
Lui – C’est important aussi d’être en bon état de marche. Soit je ne vois
que ta tête qui monte et qui descend à contretemps... soit je t’attends
éternellement…
Elle – Ton pas sec et nerveux résonne sur le pavé, ça me donne la
migraine.
Lui – Bon alors. C’est ici que nos chemins se séparent ?
Elle –Passe par ici et moi par là
Lui – Adieu. Que ta route soit longue
Elle – Adieu. Marche bien à ton rythme.
(On s'amuse comme on peut, hein... )
(Je précise que j'ai écrit ça en 15 minutes. Quoi, ça sert à rien dans
certains domaines de faire de la vitesse ? )