Aujourd’hui moi aussi j’ai plein de nanalyses (oui une nanalyse, tu connais
pas ?) à faire sur la fiction française !
A ceci plusieurs raisons
PREUMSO : un article de mon chouchou Samuel Gontier qui se moque de la série de TF1 Seconde
Chance, et auquel, vous remarquerez, j’ai laissé un commentaire. Samuel
s’étonne du fait qu’un personnage arrive apparemment sans raison dans les
locaux de la boîte de pub que tous les personnages travaillent, ont travaillé
ou travailleront dans cette boîte et que sinon ils vont dans un café
impersonnel. Son article est drôle et bien vu, c’est vrai que ça paraît
absurde.
Mais les responsables qu’ils pointe du doigt sont innocents !
Ben oui si ça ne tenait qu’aux scénaristes, les
personnages iraient au Monoprix, à une expo de corps humains, au Mac Do, à un
concert de roi de la pop mort vivant ou même dans l’espace ! et ils prendraient
le métro, notamment la ligne 7bis (ha non ça ce serait pas crédible).
Hé oui, ça ferait plus naturel comme dans la vie… Mais il y a des
contraintes de lieux parce que ben… ça coûte cher ! Dans le théâtre classique
ou le boulevard par exemple, on passe pas notre temps à se demander “Mais
pourquoi diable se parlent-ils dans le couloir entre deux portes, dis donc
?”.
On accepte, ça fait partie du contrat entre le spectateur et la scène, on
sait qu’on doit faire un effort d’imagination et c’est ce qui rend le théâtre
magique.
Dans la télé, on veut pas du magique, on veut du crédible.
Mais comme dans tous les domaines du monde fabuleux du travail, les
scénaristes ont un cahier des charges et tout est dicté par des contraintes
budgétaires ! Alors si on a trois lieux on a trois lieux. Et d’ailleurs ce
serait bien de répartir équitablement les trois lieux dans chaque épisode,
hein, qu’on construise pas un décor pour rien. Et là le casse-tête commence, à
savoir, comment faire pour que les personnages se rencontrent, se parlent, que
30 % des scènes ait lieu dans l’entreprise, 30% à la maison et 30% au café ? De
là, la surabondance de personnages qui tiennent un café, parce qu’ils sont bien
pratiques !
Et puis à mon avis, caser “On a tous droit à une seconde chance” dans chaque
épisode de Seconde Chance, c’est aussi dans la bible (oui on dit la bible, pas
le cahier des charges, c’est quand même plus spirituel).
D’un point de vue “Ecriture”, moi je trouve ça stimulant, on a l’impression
de faire un sudoku géant. ça donne un côté Oulipien et ludique en même temps
que des repères rassurants. Y’a pas de page blanche, y’a des cases, à nous de
les remplir astucieusement… Bon j’arrête avec ma métaphore du sudoku, moi, je
pense qu’on a compris l’idée.
D’un point de vue de spectateur par contre, ça donne une impression
d’enfermement (il y a peu d’extérieurs, ça coûte cher les tournages en
extérieur) ou d’absurdité.
C’est dommage, mais ça ne risque pas de s’arranger parce que c’est pas pour
dire mais j’ai pas l’impression que le financement de la fiction soit au coeur
des préoccupations des chaînes en ce moment. La téléréalité et les
rediffusions, ça coûte moins cher et l’audience est déjà acquise !
DEUZ’: Heureusement une lueur d’espoir quand même dans le
journal dans sa tête de
Jean-Christophe : c’est la fin de l’ère du conflit lumineux.
Maître Koko vous dirait que pendant longtemps les producteurs et les chaînes
ne juraient que par le conflit lumineux. A savoir le personnage a un choix à
faire : l’un est bon, l’autre est mauvais et ouf, il choisit le bon. Mais le
spectateur n’a aucun doute, Julie Lescaut ou Navarro ne deviendront jamais
des ripoux !
ça fait approximativement 2014 ans que la tragédie grecque a inventé le
fatum pour que les personnages commettent l’irréparable et 373 ans que
Corneille nous a démontré l’efficacité d’un dilemme insoluble mais c’est pas
grave. A la télé, les personnages ont longtemps été entiers et lumineux. Lisse
et chiants quoi.
Heureusement il semblerait qu’enfin les masques tombent, que les fêlures
apparaissent… Et là on s’apercevra que les incongruités de décor, c’est quand
même pas le plus grave !
Pour conclure : La fiction télé est un domaine duquel on ne peut pas dire
“c’était mieux avant !”.
Seconde Chance a beaucoup de défauts mais quand même, sur la même chaîne à
la même heure, souvenez-vous…
(Attention les âmes sensibles, ça colle des crises d’angoisse. Moi j’ai tenu
2minutes 53 en sautant l’insoutenable générique… et vous ?)
OU alors le film d’horreur du dimanche soir sur Antenne 2…
Au secours faut que j’aille vomir !