Dans la peau (partie 3)
Par 1fille100histoires le samedi 25 avril 2009, 17:51 - Fun Writing - Lien permanent
Rhoo ben dites donc, vous avez vu ça, l’expo qui est ma source d’inspiration constante vient d’être interdite. J’espère que ça ne va pas causer des problèmes à M.D qui est toujours caché derrière son panneau…
(Pour les besoins de l’histoire, je vous prie d’accepter que son ancienne voisine soit une chinoise qui est retournée dans son pays et qui a été condamnée à mort. En vous remerciant…)
Et voici la suite :
Monsieur D. s’était rapproché d’une autre silhouette dont les organes vitaux avaient été placés au bout de fines baguettes invisibles. A chacun de ses mouvements, les organes se déplaçaient comme s’ils voletaient autour de lui. A chacun de ses mouvements…
C’était tout bonnement impossible. Monsieur D. qui était d’un esprit plutôt rationnel, savait pertinemment que nos sens peuvent nous tromper. D’ailleurs, il n’y avait qu’à faire 5 mètres et lire le panneau sur les neurotransmetteurs pour avoir une idée de l’infinie complexité de la machinerie humaine. Mais une chose était sûre. Quand le corps est mort, il ne peut plus bouger.
Seulement voilà, tous les corps morts autour de lui étaient bel et bien en train de bouger, de s’étirer, de faire des rotations de tête, fatigués de leur journée d’immobilité. Seul le « tapis humain », enveloppe de peau vide ne bougeait pas. Le joueur d’échec le relava et s’en coiffa pudiquement, faisant une sorte de turban qui empêchait que l’on contemple son cerveau, découpé en plusieurs morceaux. Ils se rapprochaient, semblaient discuter mais leur cordes vocales, quand il leur en restait, n’émettaient que des secs chuintements assez désagréables. M.D sentit une goutte de sueur glacée perler sur son front. Il venait de penser à son amour de jeunesse, l’insaisissable Chuang-Mu, qui était là, tout près de lui. Au bord de l’asphyxie, il se tourna vers elle. Elle le regardait. D’un mouvement du globe oculaire, elle l’invita à s’approcher. Il fit un pas en dehors de sa cachette et toutes les silhouettes écorchées se tournèrent vers lui.
Il essaya de les ignorer et s’approcha de celle qu’il avait bien identifiée comme étant Chuang-Mu. Elle semblait n’avoir plus aucune force pour se tenir debout et s’appuya contre le mur. Il n’avait à présent plus aucun doute. Elle paraissait si gênée qu’elle baissait la tête, paraissant beaucoup plus timide qu’autrefois. Le cœur de Monsur D. battait si fort qu’il eut peur qu’il n’explose. Il faut dire que c’était comme s’il voyait une femme pour la première fois. Plus nue que nue… Il avança la main et prit sa belle à demi-écorchée dans ses bras pour la relever. Gardant les yeux baissés, très simplement, elle porta ses mains à sa poitrine et s’arracha le cœur pour le lui offrir. Toutes les silhouettes écorchées applaudir. Leur paumes dépourvues de peau produisaient un son étrange et peu chaleureux mais Monsieur D. apprécia. Il était si heureux qu’il tomba dans les pommes.
Un verre d’eau glacée suffit à le réveiller. Les gardiens étaient autour de lui, avec des figures peu amicales. Le commissaire de l’exposition, confortablement installé le toisait.
- ça va vous coûter cher.
Monsieur D. entra dans une rage folle et traita le commissaire d’exposition de trafiquant d’organes, de pornographe morbide et de maquereau de macchabées. Il allait révéler à tous le monde le calvaire que ces pauvre morts vivaient, à rester immobiles, impudiquement offerts au regard des autres. Il avait des relations, dit-il sur un coup de bluff et le lendemain il pouvaient faire interdire l’exposition.
- Peu importe, nous avons des dates prévues à New-York, à Tokyo, à Londres et partout dans le monde sur au moins 15 ans ! Par contre, vous allez devoir payer pour le corps que vous avez endommagé.
Monsieur D. eut beau expliquer qu’il avait eu en main lui avait été offert volontairement par sa propriétaire. Et que d’ailleurs il y tenait beaucoup. On lui en demanda 50 000 euros, le coût nécessaire pour plastiner un autre cœur et le transplanter. Monsieur D. n’avait pas cette somme mais pour conserver le présent, le sacrifice de Chuang-Mu, il était prêt à tout.
Après de longues heures de négociation, il trouva une solution. Il lui en coûta un bras, qu’il offrit de bon cœur.
FIN
(HA HA HA)
Commentaires
Yeah ! Cool, la fin... Dis, c'est quand la prochaine histoire ? C'est un peu comme attendre des épisodes de série télé à télécharger (non, non, pas moi, hein, mais il paraît que des gens font ça, comme c'est illégal, je n'y touche pas, mais bon...), top, quoi !
Merci Rima ! Tu auras peut-être l'occasion de lire très prochainement des mots de moi mais imprimés sur du papier, pas sur un écran d'ordi, c'est fou hein ?
PS : Je ne vois pas trop ce que sous entend par ce mot "télécharger".