Rhoo ben dites donc, vous avez vu ça, l’expo qui est ma source d’inspiration constante vient
d’être interdite. J’espère que ça ne va pas causer des problèmes à M.D qui est
toujours caché derrière son panneau…

(Pour les besoins de l’histoire, je vous prie d’accepter que son ancienne
voisine soit une chinoise qui est retournée dans son pays et qui a été
condamnée à mort. En vous remerciant…)
Dans la peau (partie 1)
Dans la peau (partie 2)
Et voici la suite :
Monsieur D. s’était rapproché d’une autre
silhouette dont les organes vitaux avaient été placés au bout de fines
baguettes invisibles. A chacun de ses mouvements, les organes se déplaçaient
comme s’ils voletaient autour de lui. A chacun de ses mouvements…
C’était tout bonnement impossible. Monsieur D.
qui était d’un esprit plutôt rationnel, savait pertinemment que nos sens
peuvent nous tromper. D’ailleurs, il n’y avait qu’à faire 5 mètres et lire le
panneau sur les neurotransmetteurs pour avoir une idée de l’infinie complexité
de la machinerie humaine. Mais une chose était sûre. Quand le corps est mort,
il ne peut plus bouger.
Seulement voilà, tous les corps morts autour de
lui étaient bel et bien en train de bouger, de s’étirer, de faire des rotations
de tête, fatigués de leur journée d’immobilité. Seul le « tapis humain »,
enveloppe de peau vide ne bougeait pas. Le joueur d’échec le relava et s’en
coiffa pudiquement, faisant une sorte de turban qui empêchait que l’on
contemple son cerveau, découpé en plusieurs morceaux. Ils se rapprochaient,
semblaient discuter mais leur cordes vocales, quand il leur en restait,
n’émettaient que des secs chuintements assez désagréables. M.D sentit une
goutte de sueur glacée perler sur son front. Il venait de penser à son amour de
jeunesse, l’insaisissable Chuang-Mu, qui était là, tout près de lui. Au bord de
l’asphyxie, il se tourna vers elle. Elle le regardait. D’un mouvement du globe
oculaire, elle l’invita à s’approcher. Il fit un pas en dehors de sa cachette
et toutes les silhouettes écorchées se tournèrent vers lui.
Il essaya de les ignorer et s’approcha de celle
qu’il avait bien identifiée comme étant Chuang-Mu. Elle semblait n’avoir plus
aucune force pour se tenir debout et s’appuya contre le mur. Il n’avait à
présent plus aucun doute. Elle paraissait si gênée qu’elle baissait la tête,
paraissant beaucoup plus timide qu’autrefois. Le cœur de Monsur D. battait si
fort qu’il eut peur qu’il n’explose. Il faut dire que c’était comme s’il voyait
une femme pour la première fois. Plus nue que nue… Il avança la main et prit sa
belle à demi-écorchée dans ses bras pour la relever. Gardant les yeux baissés,
très simplement, elle porta ses mains à sa poitrine et s’arracha le cœur pour
le lui offrir. Toutes les silhouettes écorchées applaudir. Leur paumes
dépourvues de peau produisaient un son étrange et peu chaleureux mais Monsieur
D. apprécia. Il était si heureux qu’il tomba dans les pommes.
Un verre d’eau glacée suffit à le réveiller. Les
gardiens étaient autour de lui, avec des figures peu amicales. Le commissaire
de l’exposition, confortablement installé le toisait.
- ça va vous coûter cher.
Monsieur D. entra dans une rage folle et traita
le commissaire d’exposition de trafiquant d’organes, de pornographe morbide et
de maquereau de macchabées. Il allait révéler à tous le monde le calvaire que
ces pauvre morts vivaient, à rester immobiles, impudiquement offerts au regard
des autres. Il avait des relations, dit-il sur un coup de bluff et le lendemain
il pouvaient faire interdire l’exposition.
- Peu importe, nous avons des dates prévues à
New-York, à Tokyo, à Londres et partout dans le monde sur au moins 15 ans ! Par
contre, vous allez devoir payer pour le corps que vous avez endommagé.
Monsieur D. eut beau expliquer qu’il avait eu en
main lui avait été offert volontairement par sa propriétaire. Et que d’ailleurs
il y tenait beaucoup. On lui en demanda 50 000 euros, le coût nécessaire pour
plastiner un autre cœur et le transplanter. Monsieur D. n’avait pas cette somme
mais pour conserver le présent, le sacrifice de Chuang-Mu, il était prêt à
tout.
Après de longues heures de négociation, il
trouva une solution. Il lui en coûta un bras, qu’il offrit de bon cœur.
FIN
(HA HA HA)